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29/07/2011
La loi sur les langues régionales: une analyse d'Alain Barthélémy

Cet article est paru dans le mensuel Aquò d'Aquí de juillet-août 2011, voir blog http://aquodaqui.jimdo.com
 


DEBAT SANS VOTE AU SENAT LE 30 JUIN

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Pas suffisamment mûrs

      Les langues régionales constituent la pierre de touche qui sépare, dans la foule des députés et sénateurs, l’ombre de la lumière. Ceux qui s’obstinent à nous défendre mériteraient la palme du martyre, tant ils doivent être regardés comme des extraterrestres par la masse imperméable du bloc du refus. Il faut se rendre à l’évidence. Comme pour la bioéthique ou la liberté sexuelle, la France qui freine, encore largement majoritaire dans les palais de la République, campe sur son immaturité. Quel fakir pourra, d’un regard magique, hâter la maturation de la classe dirigeante pour qu’elle accouche enfin d’une législation d’aujourd’hui avant la fin du siècle ?

      La gestation de Gargantua dans le ventre de Gargamelle ne dura pas moins de onze mois. Celle du projet de loi sur les langues régionales dépassera de loin toute gestation humaine ou animale, et peut-être pourrons-nous dire alleluia ! si elle se termine en queue de poisson. Verrouillé à l’Assemblée Nationale par le gouvernement, l’obstination des champions de la Cause avait réussi à programmer au Sénat un débat (de quatre heures !) sur une proposition de loi, le 30 Juin.

      La dite proposition, préparée par le sénateur socialiste Robert Navarro, pourtant largement édulcorée comparée au texte rédigé par le groupe de travail de l’Assemblée Nationale, fut méthodiquement laminée par la sauce gouvernementale, en la personne de Colette Mélot, rapporteur du texte, qui avait tout de même pris la peine de consulter les associations nationales de promotion des langues de France, et par le porte-parole du gouvernement Luc Châtel, également ministre de l’Éducation Nationale.

      Si certains en doutaient encore, il est clair que le gouvernement ne veut pas d’une loi, promise pourtant par Nicolas Sarkozy en remplacement d'une signature de la Charte Européenne des langues minoritaires, dont on ne rêve même plus, et les arguments les plus rances ont à nouveau été tirés des inépuisables placards de la République, comme ils l'avaient été tout au long des deux siècles passés.
 
 
Une loi de régression ?

      Le noeud idéologique tient comme toujours à l’unité de cette République (je ne sais pas pourquoi les ennemis de la Cause utilisent toujours ce mot, comme si le nom de France n'était pas suffisamment propre), à l’inutilité des langues régionales pour se vendre sur le marché économique, et au refus de donner des droits à une communauté.

      Enfin, toutes les craintes que nous pouvions avoir quand on a commencé à parler de loi se précisent.
      Là où nous en sommes, il est clair que s'il arrivait que le gouvernement finisse par changer une fois de plus d’avis et élabore une bouillasse législative de son cru qu'il ferait voter comme d’habitude par sa majorité, nous nous retrouverions dans une situation bien plus régressive que celle que nous avons aujourd'hui, et qui, de législation minimaliste en circulaires bavardes mais utilisables, permet de cheminer tant bien que mal.

      Nous ne rappellerons jamais assez que la législation actuelle a supprimé la facultativité de l’enseignement de langue régionale, condition de base pour multiplier les écoles bilingues ou semi-bilingues, et que les textes réglementaires n'ont pas entamé l’unité de l’occitan. Or le passage obligé par la demande familiale est devenue le credo officiel, et le lobbying frénétique des anti-mistraliens a commencé à imprégner le langage officiel. Si Luc Châtel parle encore d’occitan, Colette Mélot admet déjà le pluriel pour les langues d’oc et sépare l’occitan du provençal. Après s'être débarrassé de la loi, le gouvernement nous menace d’une circulaire, qu'ils n'auront même pas à faire discuter au Parlement, et qui peut largement ébrécher le minimum que nous possédons.

      Faut-il alors se jeter à la mer ? Nous ne leurs donnerons pas ce plaisir. Les conclusions me semblent claires. Nous devons remercier chaleureusement nos champions et dire sans plus attendre à tous que nous les supplions de nous laisser tranquilles jusqu'à ce qu'une génération suffisamment mûre (sans jeu de mots…) pour nous rendre justice accède au pouvoir.

      Et pour préparer l’avènement du Messie, il nous reste à donner bien plus de consistance à notre travail. Nous ne pourrons pas échapper nous non plus à un lobbying bien organisé ; nous devrons nous donner une argumentation concentrée et puissante pour pulvériser l’accusation crétine de communautarisme, et enfin renforcer la signification et la pratique de l’enseignement pour le rendre exemplaire tout en démontrant qu'il ouvre des chemins complétement neufs à côté des routines de la pensée dominante.

Alain Barthélemy-Vigouroux
Secrétaire de l'Aeloc


Date de création : 29/07/2011 - 23:06
Dernière modification : 30/07/2011 - 11:45
Catégorie : Archives - Divers-2011
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